Accompagnement des élèves handicapés : « On reste sur du bricolage » (Muriel Michelin, présidente de l’UNEAVS)

Muriel Michelin, présidente de l’UNEAVS, avec Maxime, l’enfant qu’elle accompagne

Le congrès national de l’UNEAVS (Union nationale des employés, auxiliaires de vie solaire et d’assistants de scolarisation, ex UNCEVS), qui devait avoir lieu samedi 19 novembre 2011 à Orvault (Loire-Atlantique) est reporté, « par manque de mobilisation, d’intérêt, d’engagement des AVS eux-mêmes », regrette Muriel Michelin, présidente de l’association. « Sur le seul département de Loire-Atlantique, qui compte environ 900 EVS et AVS, on a six inscrits ! Le discours qu’on entend, c’est : ‘à quoi servira ce congrès puisque rien ne change, rien n’avance… On se fiche de nous!’ ». La présidente de l’UNEAV fait le point pour AEF sur la question de l’accompagnement des élèves handicapés, et sur la situation des EVS et AVS.
AEF : Pouvez-vous expliquer qui sont les EVS, AVS et assistants de scolarisation ?
Muriel Michelin : Les EVS (emplois vie scolaire) ont été créés par Jean-Louis Borloo, alors ministre du Travail, dans le cadre de la « Bataille pour l’emploi » et du plan de cohésion sociale. Les EVS sont sélectionnés par Pôle emploi, et recrutés par les inspections académiques, dans le cadre d’un CUI, pour une durée de deux ans. Leur mission principale, c’est l’accompagnement des enfants porteurs de handicap dans une classe ordinaire. Ils ont également la possibilité d’apporter une assistance administrative, notamment aux directeurs d’école primaire. Ils ont donc la même mission que les assistants d’éducation, qui eux sont recrutés directement par les inspections académiques. Il existe plusieurs sortes d’assistants d’éducation : les AVSI, qui interviennent dans une classe ordinaire ou une CLIS pour accompagner un enfant ; les AVSCO, qui interviennent en CLIS ou Ulis pour s’occuper de l’ensemble des enfants, aux côtés des enseignants ; les assistants de scolarisation, les derniers nés dans l’accompagnement des élèves handicapés, pour lesquels on attend toujours la définition précise de leur mission.
AEF : Quelles sont les différences principales entre ces différents intervenants ?
Muriel Michelin : Ce ne sont pas les mêmes contrats. Les EVS correspondent à des contrats aidés. Ils touchent donc un salaire fixe, de l’ordre de 615 euros nets, pour 20 heures hebdomadaires. Les AVS, en revanche, sont payés à la quotité travaillée. Je travaille par exemple en tant qu’AVSI avec d’un enfant autiste, à raison de douze heures par semaine. Je gagne 323 euros nets par mois. Très peu d’AVS sont à temps plein. Ceux qui le sont touchent un peu plus de 650 euros nets par mois. Autre différence entre ces différents intervenants : les AVS sont gérés par les inspections académiques, tandis que les EVS et les assistants de scolarisation sont gérés administrativement par les EPLE.
AEF : Vous dites que les missions des assistants de scolarisation ne sont pas encore définies. Quelles seront-elles, selon vous ? L’amendement (1) adopté jeudi 10 novembre 2011 par l’Assemblée nationale (AEF n°157889), lors du vote des crédits de la mission enseignement scolaire, dans le cadre de l’examen du PLF 2012, donne-t-il des indications à ce sujet ?
Muriel Michelin : Ce qui se profile, c’est que ces assistants de scolarisation aient un pied dans le champ éducatif, et un autre dans le médico-social. Mais je ne suis pas d’accord avec ça ! Chacun sa place… Les assistants d’éducation n’ont pas les compétences pour intervenir dans le champ médico-social. L’amendement parle « d’aide complémentaire » et « d’aide mutualisée » : on se situe là dans quelque chose de suffisamment flou pour qu’on retrouve des assistants d’éducation à l’école, dans un institut médico-social ou même à domicile, pourquoi pas ? On nous balade encore. Et ça, c’est possible parce qu’EVS, assistant d’éducation, ce ne sont pas des métiers. Ce sont des fonctions, des missions. Il n’y a pas de branche professionnelle, de convention collective… Alors on fait de nous ce que l’on veut ! Prenons un autre exemple : un assistant de scolarisation intervient dans une école auprès d’un enfant handicapé, 12 heures par semaine. Dans cette même école, on compte deux ou trois élèves en grande difficulté scolaire, notifiés ou pas. À qui demandera-t-on d’aller les aider ? Pas aux Rased, ni aux psychologues scolaires : il n’y en a presque plus ! Ce sera aux assistants de scolarisation… Mais ils n’ont pas les compétences pour ça.
AEF : Comment voyez-vous évoluer votre fonction ?
Muriel Michelin : On ne voit venir aucune évolution ! On reste sur des formules de bricolage, qui rendent possible ce type de démarche : nous mettre sur des champs qui ne sont pas les nôtres… L’Éducation nationale ne veut pas nous pérenniser, ni nous professionnaliser : ça coûte trop cher. Cela explique la démobilisation des AVS et EVS, qui ne se sont pas inscrits au congrès… Une grande majorité d’entre nous constatent qu’ils ou elles ne sont pas acteurs de leur vie professionnelle.
Mais une surprise de taille attendait quand même l’UNEAVS le samedi 19 novembre, jour où devait se tenir le congrès, avec la venue du professeur chercheur Tetsuya Munekata, qui représente le National Institute of Special Needs Education, basé au Japon, à Tokyo. Il a pu se rendre compte des grandes difficultés qui existent en France en matière d’accompagnement des enfants porteurs de handicap.
(1)
L’amendement adopté le 10 novembre 2011 octroie « de nouvelles prérogatives aux commissions des droits et de l’autonomie des personnes handicapées (CDAPH), afin que les enfants qui ne souffrent pas d’un handicap grave et dont la scolarisation en milieu ordinaire n’implique pas une aide individuelle, puissent bénéficier d’un accompagnement complémentaire à celui que leur prodigue le personnel éducatif présent dans les écoles ». « Cette aide complémentaire, prescrite par les CDAPH, sera assurée par une personne désignée à cet effet, qui pourra ainsi s’occuper de plusieurs enfants handicapés et de toutes les tâches favorisant leur intégration ». Toujours selon cet amendement, « les inspecteurs d’académie, compétents pour recruter des assistants d’éducation sur des missions d’aide individualisée, pourront désormais recruter des assistants d’éducation sur des missions d’aide mutualisée ».

Interview par
http://www.aef.info/public/fr/nonabonne/accueil/accueil.php

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