LES PERSONNELS ACCOMPAGNANTS EVS-AVS DE L’EDUCATION NATIONALE AU BORD DE LA CRISE DE NERF

De mémoire de salarié EVS (employé de vie scolaire) et Assistant Education (AED),depuis septembre 2010, nous n’avons jamais vu une rentrée scolaire aussi marquée par la « maltraitance institutionnelle» envers les personnels précaires accompagnants et par contre coup, envers les enfants porteurs de handicap, leur famille. Comment en est-on arrivé là ? Comment est-ce possible de faire le constat d’une Loi du 11 Février 2005, relative à l’égalité des chances des personnes porteuses de handicap, « vidée » de sa substance essentielle, la plus précieuse : celle de l’inclusion des enfants « extraordinaires ». Le terrain d’action de cette loi est laissé à la confusion la plus totale, suscitant une perturbation innommable, générant des dommages collatéraux aux conséquences très graves. Pourtant, l’ensemble des acteurs, démunis et impuissants avec des pouvoirs amoindris, ne veut surtout pas baisser les bras pour tenter d’enrayer une machine infernale devenue synonyme d’une « non volonté politique de faire et d’appliquer » une injonction législative qu’est la loi du 11 février 2005.
Notre association nationale, montée et structurée de toutes pièces par des salariés précaires, suffoque tous les jours sur les choix, les décisions et les événements appliqués par les Inspections Académiques. Deux phénomènes sont prépondérants et issus des initiatives prises par les décideurs institutionnels.
Le premier aspect est une précarisation accrue du personnel accompagnant (tout statut confondu) déjà trop précaire. La présence de cette précarité dans l’Education Nationale est bien ancrée, bien rodée. Elle est devenue une norme banalisée de fonctionnement institutionnel se propageant à l’image d’un virus insidieux. Officiellement pourtant, il s’agit de laisser croire que des lois ou des règles régissant l’insertion sociale ou la cohésion sociale ont pour objectif la mise en place d’offre d’emplois tremplins permettant aux plus chanceux de se réinsérer dans le monde du travail. Officieusement, l’objectif trouve sa conclusion systématique pour le personnel accompagnant par un retour…au pôle emploi.
Le deuxième aspect est moins connu (en tout cas, moins révélé au grand public) : celui de la « maltraitance managériale et financière ». Elle est au coeur de nos préoccupations et alarmante à la fois. Il nous est difficile de vous proposer un tableau complet national dans cet écrit. Nous vous citerons un exemple emblématique, très concret dans un département de l’ouest de la France .
Le 30 Août 2010, le personnel Evsh, les Avsi et Avsco a fait sa rentrée scolaire. Résultant d’un choix académique, il leur a été annoncé que les notifications MDPH (Maison Départementale des Personnes Handicapées) avaient été abaissées de 3 heures par élève. Cette nouvelle, catastrophique pour les enfants et les familles non informées de cette décision, a eu un effet désastreux. Elle a été ressentie comme irrespectueuse car non conforme aux directives législatives.
C’est ainsi que cette seule désorganisation manifeste d’une institution imprévoyante conduit à un processus de maltraitance avérée. La MDPH offre la possibilité aux enfants « particuliers » d’être accompagné et pour ce faire, attribue un nombre d’heures adéquat lié au profil de l’enfant. Ces enfants extraordinaires amenés à appréhender la connaissance et les apprentissages subissent de plein fouet l’abaissement de 3 heures d’accompagnement. Pour comprendre mieux les rouages de cette ligne de conduite Institutionnelle, il faut savoir que ces trois heures « volées » à l’un sont données à un autre. L’assurance du capital accompagnement se révèle bafouée et détournée. Ce qui est prescrit à un enfant pour ses besoins particuliers et reconnus par une équipe pluridisciplinaire compétente à travers une notification, se retrouve diminué unilatéralement par une institution académique qui veut bien prendre le risque de le faire.
Ce serait donc une pratique Institutionnelle sans nom qui, à se propager dans la Métropole entière, est à dénoncer afin qu’elle ne s’installe pas comme nouvelle norme de fonctionnement récurrente, si ce n’est déjà fait.
Du côté des salariés accompagnants , leur situation n’a rien de resplendissante et devient de
moins en moins motivante. Le manque d’harmonisation et d’organisation engendre un tel désordre administratif que les services ASH engorgés et englués dans leur cadre institutionnel n’arrivent plus à suivre.Des affectations du personnel sont effectuées en dépit du bon sens. Nommés sur des postes lointains, les déplacements domicile travail (non remboursés) de certains salariés tournent au cauchemar quotidien. Des horaires de travail pour d’autres tiennent de l’invraisemblable. Pour beaucoup, les contrats de travail sont caducs car ne reflétant pas le bon contenu. Pour d’autres recrutés à la rentrée de septembre, les contrats de travail sont toujours inexistants fin octobre. Le seul traitement des salaires du mois de septembre et octobre révèle une situation u buesque, via les trésoreries générales saisies par les services Inspection académiques.
Ainsi, les virements des salaires ont été procédés de façon alphabétique (nul ne sait pourquoi d’ailleurs). Selon la lettre du nom de famille, il a été envoyé à des dates différentes le virement d’une somme correspondant à 80% du salaire. Ce cas de figure est le moins pire du pire puisque sans la quotité d’heures définitives, les services « rémunérateur » en ont perdu leur « latin ». C’est ainsi que des surprises désagréables pour certains salariés sont « tombées » sur leur compte bancaire. Le deuxième cas de figure (hélas, il y en a un), bon nombre de rémunération du mois de Septembre et Octobre ne sont toujours pas parvenus… fin octobre !
Ceci revient à dire que ces salariés travaillent pour le moment à titre gracieux. Ils sont inexistants des services car n’ayant pas de contrat valide. Ils ne peuvent non plus présenter aucun bulletin de salaire pour effectuer par exemple des demandes d’aides, de complément de salaire auprès de services sociaux pour les épauler dans leur grande difficulté. Est-ce une situation bien normale? Il faudrait rajouter le manque de transparence, de communication quasi inexistante, mettant à mal les relations entre employeurs et salariés. Inévitablement, des salariés Evsh et Avsi sont poussés à la démission ou se retrouvent confrontés à des problèmes de santé (fatigue physique, morale, dépression). Du fait de la multiplicité des erreurs administratives exercées à leur encontre, les conflits hiérarchiques sont devenus si omniprésents que ces salariés passent désormais plus de temps à gérer leurs propres difficultés personnelles issues de conditions de travail s’aggravant qu’à l’exercice professionnel consciencieux de leur mission d’accompagnant. Personne ne pourrait, n’oserait leur en vouloir. Les moyens normaux et obligatoires pour remplir leur mission n’étant pas mis en place, leur dévouement professionnel et leur motivation commencent à s’émietter sérieusement.
Des miettes d’heures pour les enfants, des miettes de salaires (lorsqu’ils en ont un !!) pour les salariés… Dès lors, il n’est pas concevable d’entendre de la part d’un Ministre de l’Education nationale affirmer que l’inclusion des enfants porteurs de handicap est une priorité nationale lorsqu’il existe autant de maltraitance mise en oeuvre à l’égard des accompagnants. Cette maltraitance rebondit inéluctablement sur les enfants. Dans ce capharnaüm généralisé, il demeure les parents à qui on fait croire « le mieux » dans le domaine du « tout est possible ». Connait-on seulement leur difficile parcours du combattant pour que leur enfant franchisse la porte d’une classe ordinaire ? Ces parents conscients de ce parcours, comme les salariés
précaires AVS regroupés ou non au sein de l’Uncevs, peuvent le dire : nous nous interrogeons sur la solidité et la crédibilité de la Loi 2005 dans son application actuelle par le Ministère de l’Education nationale: faut-il seulement encore y croire malgré les pannes des sens ?
Carquefou, le 30 Octobre 2010
Pour l’UNCEVS
La Présidente
Muriel Michelin
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