Une adulte sur le banc de classe d’un enfant autiste par le Canard Social

Après un parcours riche en expériences, Muriel Michelin est devenue Auxiliaire de Vie Scolaire Individuelle (AVSI) auprès d’un élève autiste. Sa nouvelle profession
passion est indispensable pour la scolarisation en milieu ordinaire de cet enfant. Mais peu reconnue et mal rémunéré. Pour réclamer un vrai statut pour son métier, cette femme dynamique a fondé une Union pour tenter de fédérer ses collègues
Dans la CLIS de l’école primaire privée Blanche de Castille, au nord de Nantes, tous les petits bureaux sont disposés deux par deux, en vis à vis. Muriel Michelin, 49 ans, est assise en face de Maxime, autiste de 8 ans. « C’est pour mieux capter son regard fuyant.
Je dois le stimuler sans cesse », explique l’Auxiliaire de vie scolaire individuelle (AVSI) en touchant l’enfant au menton pour lui faire relever la tête. En ce mardi après-midi, elle tente de lui faire intégrer la différence entre sa gauche, la main avec laquelle il tient à peine son crayon, et sa droite, le côté vitré donnant sur l’attirante cour de récréation. Autour, la douzaine d’élèves de la CLIS, tous en difficultés cognitives, ont eux aussi du mal à rester le nez dans leur cahiers d’exercices. Ils sont encadrés par l’instituteur spécialisé et un éducateur. Maxime, de tous le plus perdu dans son monde, ne pourrait rester dans la classe sans la présence de Muriel. Grâce à son accompagnement depuis 3 ans, il a fait des progrès énormes, même s’il a encore du mal à verbaliser. « Il comprend qu’il est à
l’école, qu’il est ici pour répondre à des consignes. »

Gros doute en septembre

Pourtant, à la rentrée, le bien fondé de ce travail a été remis en cause. Comme beaucoup d’enfants porteurs de handicap, Maxime s’est vu supprimer 3 heures d’accompagnement par une AVSI, en l’occurrence Muriel. De 12 heures notifiées par la Maison Départementale des Personnes Handicapées (MDPH), l’inspection académique de Nantes n’a honoré que 9 heures, pour raison budgétaires. (lire notre dossier précédent). « J’ai ouï-dire que mon
salaire mensuel de 340 euros net ne serait pas réduit, mais en fait je ne sais pas encore ce
que je vais toucher à la fin du mois.» Muriel Michelin a même carrément frôlé la suppression de son poste. En effet, l’inspection académique ne veut plus d’AVESCO (Auxiliaire de vie collective) dans certaines CLIS, et n’encourage pas la présence d’AVSI. « On s’est battu pour défendre ma place dans la classe, avec Jacques l’instituteur et les
parents de Maxime ». Résultat, Muriel Michelin doit être l’une des rares AVSI du département à intervenir auprès d’un élève de CLIS et non dans une classe ordinaire.

Confiance de l’enseignant et des parents

Un arrangement avec les parents de Maxime permet même à l’auxiliaire de vie de rester auprès du petit autiste du matin au soir de ses 4 journées d’école : ils l’ont embauché en CDI pour les 8 heures restantes non prises en charge par l’inspection académique. Muriel s’occupe même de Maxime à la cantine, déballant des trésors de pédagogie pour qu’il avale autre chose que du pain. A la fin du mois, son salaire n’atteint pourtant pas le SMIC. «Mais je vis cette grande confiance des parents comme une valorisation

Touchée personnellement

Il faut dire qu’elle les comprend, les parents de Maxime. Muriel a vécu ce qu’ils vivent. L’un de ses fils a lui aussi des troubles de la personnalité et du comportement. A l’âge de Maxime, sa scolarisation a été un cauchemar. « C’est moi qui ai demandé son placement
en Institut médico-éducatif. L’éducation nationale ne pouvait rien pour lui, personne ne
savait comment gérer son handicap, il était dans une grande souffrance ». A l’époque, la présence rassurante d’une AVSI l’aurait peut être aidé dans sa relation à l’école, débloqué son refus d’apprendre. Mais sa mère n’a pas vu cette porte s’ouvrir. « On ne m’a rien
proposé. L’accompagnement en milieu ordinaire est surtout sorti au grand jour après la loi
sur l’égalité des droits et des chances de 2005. »

Relever le défi

Le sujet du handicap était donc déjà dans la vie personnelle de Muriel Michelin, avant d’arriver dans sa vie professionnelle au hasard d’un rendez-vous à Pôle emploi. Muriel a d’abord travaillé 15 années dans le monde de la sécurité routière, notamment comme enseignante de la conduite auto. Puis elle fait un virage, passe un Brevet d’Etat de culture physique, toujours de l’enseignement, mais ne trouve pas son compte dans les salles de sports. Elle passe plus tard un Diplôme Universitaire de Responsable de Formation pour Adulte (DURFA), sans grand débouché, mais c’est son premier pas dans les sciences de l’éducation. Quand en 2006, une conseillère de Pôle emploi lui dit qu’elle est éligible à un poste d’employée de vie scolaire de direction (EVSD), elle fonce. Elle réussit l’entretien avec l’inspection académique, se retrouve dans une école maternelle. « Il était stipulé dans le contrat que ma première mission était d’assister la directrice dans l’administratif. Ma deuxième mission était de prendre en charge un élève handicapé si on me le demandait… ». Et on finit par lui demander, au milieu de sa deuxième année scolaire en poste, de remplacer au pied levé une AVSI dépassée…auprès de Maxime. Commence alors l’histoire entre ces deux là, qui ont dès le début en commun de jolis tâches de rousseurs. Muriel devient EVSH (Employé de vie scolaire handicap), puis AVSI à la rentrée de cette année, deux statuts pour une même mission.
L’enjeu de la formation

«J’ai passé des jours sur internet, pour lire au sujet de l’autisme.» Motivée par cette envie d’apprendre, l’auxiliaire passionnée a aussi suivi quelques jours de formation sur le handicap avec l’association ouest autisme 44. Mais côté système éducatif, elle espère beaucoup dans la formation qu’elle vient de commencer, à l’invitation de l’inspection académique de Nantes. Un programme qui prétend pallier les manques de qualifications des auxiliaires de vie scolaire. Les cours ont lieu tous les mercredi jusqu’au printemps. « Leur nouveau plan est ambitieux, riche en contenu et en intervenants. Il y a notamment une vraie approche de ce qu’est le métier d’enseignant, celui avec lequel on doit travailleren binôme. C’est un point positif dans cette rentrée noire et pourrie », tient à noter Muriel Michelin, enthousiasmée par la qualité de son premier mercredi de cours. Mais elle note déjà un bémol : sur les 200 inscriptions, seulement 35 personnes sont présentes. « Pas étonnant car cette formation est à suivre en dehors du temps travail et il faut payer ses frais de déplacement. De plus, beaucoup d’auxiliaires de vie scolaire sont obligées d’avoir d’autres petits boulots pour joindre les deux bouts, elles travaillent parfois le mercredi. ».

Lutter contre la précarité du métier

Beaucoup d’auxiliaires de vie sont dans la galère, qu’elles soient AVSI embauchées par l’inspection académique en CDD de doit public, ou qu’elles soient EVSH sous contrat d’avenir avec des associations. La dynamique Muriel déplore : « Une grande précarité économique et aucun statut commun.» Pour défendre la reconnaissance de sa branche, elle a créé en 2008 l’Union nationale des collectifs d’EVS (l’UNCEVS). Cette Union a rejoint la mobilisation des parents des enfants concernés par la baisse des heures d’accompagnement, qui commence à porter ses fruits puisque des heures ont été rétablies. Pour autant, Muriel ne se fait pas trop d’illusions : « tout coûte un oeil et les budgets sont en baisse » Il va falloir encore patienter pour la reconnaissance de son métier comme branche à part entière de l’éducation nationale. Il faudra surement se battre encore à la rentrée prochaine. Mais quand, assise dans la salle de classe, elle regarde Maxime dans les yeux pour éviter qu’il ne parte dans son monde, Muriel sait pourquoi elle doit rester là.

Armandine Penna

Article publié le : 4 octobre 2010 (dans son contexte : http://www.lecanardsocial.com/Article.aspx?i=228)

Un remerciement pour l’autorisation aimable de publication sur ce site

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2 commentaires pour Une adulte sur le banc de classe d’un enfant autiste par le Canard Social

  1. BRIAND dit :

    je travaille depuis 1 an comme AVS auprès d’un enfant autiste de 5 ans. Il est s’isole moins, accepte mieux les temps de regroupement mais j’éprouve beaucoup de difficultés à le faire dessiner sur papier, à être propre….. à s’amuser avec les autres dans la cour…. à palier à ses crises d’angoisse (à part le couconner dans une couverture) je suis « victime » tous les jours de ses pincements, de ses regards ….. qui en disent tant….. mais si démunie pour agir comme il se doit. Pensez vous qu’une fourmation EVSH me serait utile ??
    Merci

    • briand0493 dit :

      Voici la réponse apportée par Muriel Michelin,

      Le savoir être de l’avsi ou l’evsh pour un enfant porteur d’autisme
      – modifier son propre regard et son propre comportement
      – ne jamais dire NON à l’enfant atteint d’autisme , ça le panique énormément , il faut contourner le NON
      – pas de consigne double , une à la fois et répéter si nécessaire
      – mettre les exos en ordres et séquencer = on concrétise
      – s’attacher à ce qu’il aime , aller le chercher dans ce qu’il aime , c’est à dire chercher son intérêt restreint .
      – a chaque consigne demandé , l’avs ou l’evsh doit compter au moins jusqu’a 10 le temps nécessaire de laisser l’enfant intégrer la directive et qu’il l’a comprenne
      – utiliser une récompense verbale , des agents renforcateurs , ( ex : des bons points , et au bout de tant il aura une image, ou valorisé , c’est bien, tu es capable de ….)
      – il faut le solliciter , ( c’est comme un ordinateur , on appuie sur une touche , pour le faire marcher , une touche pour une fonction)
      – il faut tout enseigner à l’enfant porteur d’autisme . Travailler situation par situation ,par exemple les scénaris sociaux ( qu’est ce que je fais?)
      – il n’y a pas d’implicite chez ces enfants , pas de second degré ( ex, tu donnes ta langue au chat ! il pleut des cordes ! etc … donc il angoisse pour sa langue , et il attend que des cordes tombent du ciel ! arrete ton cirque, ! ) ils prennent tout en pied de la lettre . Ils sont dans la compréhension littérale.
      – jamais de flou pour ce profil d’enfant . Tout doit être organiser , plannifier , et ordrer . Un planning à étage doit etre construit , journalier avec l’emploi du temps , et comme ils sont avant tout visuels , il faut lui proposer des pictogrammes correspondants . ( a faire soi meme , des scènes de vie , d’école ) Faire des photos de tout et plastifier et fonctionner avec ça pour mettre des images sur ce qu’on lui dit
      – Un enfant porteur d’autisme fait à la perfection ou pas du tout . Toujours peur de l’échec et de l’inconnu qui le déstabilise tout le temps, donc toujours le rassurer , mais surtout toujours anticipé pour ne pas qu’il crise .
      – l’enfant porteur d’autisme , ne doit pas être contrôlant , ( c’est un état normal chez lui , parce qu’il cherche à se rassurer ) . Ne pas le laisser faire . Lui expliquer .
      – le repli sur soi , est un moyen de survie , donc aller le solliciter, toujours en étant clair , consigne courte , et répéter
      – l’enfant ne comprend pas la finalité de l’autre , il faut le savoir , il est « fabriqué » comme ça
      – S’il est non parlant , il est frustrer de ne pas pouvoir le faire , lui donner les moyens d’outils de communication , pour s’exprimer ( des images, apprendre surtout à créer une demande , qui le rendra autonome plus tard )
      – toujours chercher la cause d’une crise , et pour donner les explications , il faut passer par le visuel
      – l’enfant à peur de l’échec , que faire : travailler en amont le plus possible , anticiper toujours sur tout lorsque cela est possible , structurer le temps pour minimiser les risques de mauvais comportement , proposer des pauses ( 2minutes maxi) et arrêter dès qu’il décroche , prévoir l’imprévisible en lui expliquant très vite un changement de planning par exemple , sinon il devient dysfonctionnel
      – Plus on va le noyer de mot , plus il résistera aux apprentissages , faire court et à l’essentiel
      – ecarter le plus possible les bruits extérieurs , les bruits parasites qui l’inonde ,
      – attention à la place dans la classe , ( il faut qu’il ai une vision panoramique de l’ensemble)
      – il faut agir très vite dans les premiers signes d’agitation ( pause )
      – s’il à une crise , chercher le pourquoi , mais dans tout les cas , rester le plus calme possible , maitriser ses émotions , car l’enfant porteur d’autisme voit à l’intérieur de l’autre , jamais il ne distingue les émotions faciales , il ressent tout …. absolument tout .
      – Attention , on peut encourager des comportements négatifs sans s’en rendre compte , la clé c’est l’anticipation pour diminuer la résistance , ( planning des taches ..)
      – faire aussi un planning à la maison ,
      -EN CONCLUSION : IL faut guider les enfants porteurs d’autisme , ils sont tous capables d’apprendre mais par des chemins différents .

      Voila, j’espère que cela vous apportera quelques indications
      Muriel Michelin

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