Une nouvelle rentrée placée sous le signe de la confusion avec, comme indignation récurrente : ‘ Pas d’AVS pour mon enfant ! – Philippe van den Herreweghe, directeur de la cellule Aide handicap école, monte au tableau par handicap.fr

Handicap.fr : Problème récurrent d’AVS. Que pensez-vous de la situation ?
         VDH               
 Philippe van den Herreweghe,
délégué ministériel à l’emploi et à l’intégration des personnes handicapées :
60 000 notifications d’AVS faites par les MDPH pour cette rentrée ! Si on considère les difficultés rencontrées, le problème reste marginal… mais néanmoins important. Je conviens que, pour les parents concernés, c’est inadmissible. Depuis la rentrée 2010, plus de 30% des appels reçus à la cellule « Aide handicap Ecole » concernent ces problèmes d’accompagnements.
H : Que doivent-ils faire dans ce cas ?
VDH : La loi est de leur côté. Il arrive parfois que des établissements leurs demandent de reprendre leur enfant à domicile mais il faut que les familles sachent qu’elles sont en droit de répondre : « Débrouillez-vous, ce n’est pas mon problème ! » Je constate qu’il y a une réelle prise de conscience des équipes enseignantes et inspecteurs d’académie et l’on trouve aujourd’hui une bien meilleure écoute. S’ils rencontrent des obstacles, les parents peuvent toujours contacter la cellule « Aide handicap Ecole ». Nous nous plaçons toujours du côté des familles.
H : Combien d’enfants handicapés sont-ils scolarisés ?
VDH : Le nombre d’enfants handicapés scolarisés est passé de 127 000 en 2004 à 187 500 en 2009, soit une augmentation de 48% en cinq ans. Pour cette rentrée scolaire, nous devrions approcher les 200 000 enfants handicapés scolarisés.
H : Les enseignants sont-ils favorables à cette prise en charge ?
VDH : Ceux qui la redoutent le plus, ce sont ceux qui n’ont jamais eu d’élèves handicapés. Beaucoup d’entre eux ont une réelle appréhension. La formation initiale qu’ils ont reçue est peut-être insuffisante, et la formation continue pas assez proposée. Il est essentiel qu’ils rencontrent les familles et qu’ils n’hésitent pas à poser des questions sur le handicap de l’enfant, son comportement…
H : Doit-on également faire face à la méfiance des parents d’enfants valides qui ne voient pas forcément d’un bon œil cette intégration ?
VDH : Certains sont évidemment pleins de préjugés. Ils se plaignent que cette présence peut désorienter l’enseignant. Dans le même ordre d’idée, j’ai vu le cas d’un directeur qui avait été obligé d’appeler certains parents pour justifier la présence d’un enseignant handicapé. Alors tant qu’on ne verra pas plus de personnes handicapées dans la cité ou à des postes stratégiques, les préjugés continueront à les détruire.
H : N’y-a-t-il parfois, à la demande des parents, des intégrations en milieu ordinaire qui peuvent paraître inadaptées et engendrer une grande souffrance morale chez l’enfant ?
VDH : Ca dépend vraiment de la façon dont l’établissement a préparé cette intégration. Dans les petites classes, moins de 7 ans, ça se passe plutôt bien. Mais, au collège, les choses se compliquent. Il est donc important que le chef d’établissement organise un débat sur le respect de la différence. Un message fort de tolérance ! Des actions malheureusement encore trop rares. Alors, en cas de problème, je me déplace ! Lors de nos échanges, les élèves m’ont souvent dit : « On est mal à l’aise, on ne sait pas comment faire ».
H : Luc Chatel, ministre de l’Éducation nationale, a visité la cellule « Aide handicap école » au mois d’août. Que vous a-t-il dit ?
VDH : Que l’intégration scolaire des enfants handicapés était une priorité. C’est bien de le dire… Il faut maintenant analyser le qualitatif, mesurer la performance des élèves handicapés par rapport aux valides. L’Education nationale a-t-elle les moyens de bien évaluer et de mettre en place des soutiens pour améliorer cette performance ? C’est bien de scolariser mais il faut aussi que ces élèves progressent, réussissent leur projet. Prétendre que certains n’ont rien à faire à l’école parce qu’ils n’auront jamais leur Bac est une imbécillité !
H : Existe-t-il un guide pour la scolarisation des enfants handicapés ?
VDH : Il en existe trois, à destination des parents d’enfants et adolescents handicapés, autistes et sourds et malentendants. Le premier est téléchargeable sur le site du ministère de l’Éducation nationale : http://www.education.gouv.fr/cid207/la-scolarisation-des-eleves-handicapes.html
VDH : Dernier point que je voudrais évoquer : l’adaptation des manuels scolaires pour certains types de handicap, notamment les enfants dyspraxiques qui ont moins de 50% de taux d’invalidité. Nous devrions exiger des éditeurs de livres scolaires qu’ils mettent à disposition des élèves handicapés des manuels adaptés. Ne pas le faire, c’est de la discrimination !
« Aide handicap école »

La plateforme téléphonique – 0810 55 55 00 – fonctionne toute l’année du lundi au vendredi, de 9 h à 17h30, complétée par une adresse mail : aidehandicapecole@education.gouv.fr

 

 Propos recueillis par Emmanuelle Dal’Secco de handicap.fr

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