contribution de l’appel des appels Bretagne à l’ITES Brest autour de la CC66 le 15/03

 

L’APPEL DES APPELS en Bretagne.
Etienne Rabouin
Merci d’abord au comité d’organisation CGT de ce soir pour me permettre de vous parler de l’appel des appels fondé il y a un an et demi sur la base de la charte écrite par Roland Gori et Stéphane Chedri, signée des 200 premiers signataires amis dont je fais partie et suivi de plus de 150.000 signatures aujourd’hui (dont beaucoup de collectifs).
Soyons précis, l’appel des appels n’est pas une pétition de plus ou un amalgame de pétitions englobant par exemple la CC66 qui nécessite en elle-même sa propre mobilisation.
Non ! l’ADA est la lecture de ces pétitions comme étant les signes multiples d’une maladie de civilisation qu’il conviendrait de traiter et de diagnostiquer au-delà de ses symptômes.
Une civilisation qui hait toujours d’avantage la culture, la pensée, le langage. Une civilisation qui se passerait de l’homme, de ses a-normalités, de sa complexité sexuelle et de ses sublimations créatives, de son génie a la mesure de sa capacité barbare.
Il ne s’agit plus de se battre seulement contre des personnes, qui sont eux même les produits actifs d’une idéologie totalitaire au sens d’Annah Arendt  Je la cite :
“L’expension …tient tout simplement à ce que ce concept n’a en réalité rien de politique, mais prend au contraire ses racines dans le domaine de la spécificité marchande… »
Or cette marchandisation de l’humain, rappelons-le, date des années 80, pas du tout d’hier.
L’ADA veut s’inscrire dans la durée, remettre de la pensée en mouvement, de la création subversive (pléonasme). C’est la raison pour laquelle nous avons imaginé à Brest une manifestation qui ne se cantonne pas à la répétition de discours soit universitaire, soit sur le mode de la revendication immédiate mais plutôt qui aille vers un théâtre Forum ou seraient mises en scène toutes les figures de ce basculement de civilisation. J’y reviendrai.
Ce mouvement d’analyse suppose qu’on ne reste pas entre soi, chacun dans nos corporatismes, nos isolements.
Les professionnels des secteurs du soin, de la recherche, du travail social, de l’éducation, de la justice, de l’information, de la culture sont touchés, blessés parfois à mort, par la même logique qui commence toujours par une attaque narcissique méprisante : à quoi servez-vous ?
N’êtes vous pas privilégiés ? Vous savez ce que vous coûtez ?
La porte est ouverte à la dé-qualification. On remplace les métiers par des tâches. Le projet de CC66 en est la méprisable illustration. L’un des symptômes.
Mais ce mépris ne concerne pas que les professionnels Nous sommes pris dans une logique consumériste, de l’injonction d’une jouissance immédiate profondément mortifère, la négation de la sublimation et le retour à la pulsion.
Nous devenons réduits à la surveillance des uns par les autres dans l’indifférence et le soupçon. C’est pour ça que l’ADA s’adresse à tous les citoyens quand bien même ce sont des professionnels qui le lancent.
Dans ce très bref résumé de l’état d’esprit de l’ADA je dirai que nous défendons d’abord une éthique du sujet.
De ceci découle un certain rapport a une rationalité pseudo- scientifique, qui en exigeant évaluations et expertises ne se soumet pas elle-même a la nécessité d’une analyse de ses fondements épistémologiques, ni à l’expertise de ses experts.
Au nom de la rationalité technique nous sommes devenus déraisonnables.
Au nom d’une idéologie du profit et de la rentabilité, l’homme est aujourd’hui traçable comme une marchandise.
De ceci découle aussi un certain rapport à la norme et aux prétentions d’un comportementalisme de masse qui s’appuie sur une escroquerie qui dissout la prévention dans la prédiction dès la naissance.
On l’aura compris, l’ADA s’inscrit dans la même logique que « pas de zéro de conduite » qui avait fait plié l’INSERM mais qui est revenu par une autre porte (fichiers base élève par exemple).
Bon je ne développerai pas d’avantage ce soir. Je vous propose d’aller jeter un coup d’œil sur ce livre très varié et très argumenté, déjà réédité « l’appel des appels ; pour une insurrection des consciences »
Il y a aussi l’excellente revue que j’ai découvert depuis peu qui a consacré deux numéros important sur le sujet «  Cassandre Horschamp » Culture politique société. L’art principe actif. On la trouve en librairie.
Ou en est-on aujourd’hui, un an et demi après ?
Une association s’est créée dont le siège est à Paris mais surtout l’ADA tente de s’élargir en Europe. Ce sont(ou ce seront) les comités locaux, avec leur diversité qui seront déterminant de l’avenir de ce mouvement transversal.
Je vais citer ceux qui existent à Bordeaux, Toulouse, Marseille, Lille, Strasbourg, Brest, Bruxelles.
Mais ça ne va pas de soi, plusieurs tentatives ont échoué, donnant lieu a des manifestations importantes qui se sont dégonflées tout aussi vite. A Rennes par exemple.
L’ADA, un an plus tard est connu comme un des points de ralliement, de croisement et de coordination des résistances. Le travail continu, il est double : transversalité et réflexion commune. D’abord, établir des liens concrets entre des activités qui subissent toutes la même normalisation professionnelle. Cela se fait dans les comités locaux et par toutes les alliances locales et nationales tissées entre associations, syndicats et collectifs.
Ce qui lie dans ce que nous vivons est plus fort que ce qui sépare nos activités spécialisées.
Tout ce travail a été amplement et régulièrement relayé par les médias. Radios : F. Inter, Culture, RFI etc.., télévisions FR3, Canal etc., Presse : Le monde, libé, l’Huma, Marianne.
A Brest nous avons opté pour un petit groupe de réflexion qui s’étoffe et s’ouvre vers une action prévue fin 2010, si possible avec le Quartz, et ses responsables Jacques Blanc et Jean Yves Crochemore.
Nous prenons donc le chemin inverse de la manifestation cathartique.
Il s’agit d’abord de constituer une équipe cohérente, trouver un cadre et réaliser l’argumentaire.
La réalisation se fera avec des gens du spectacle et de l’art.
Nous avons préféré essayer de mûrir et étayer une réflexion avant de la rendre publique.
Je  peux tenter une synthèse des  évènements récents qui ouvrent  de tous les côtés  des questions et des échanges passionnés qui peuvent conduire au meilleur ou au pire.
La vie.
Mais je garderai quelques exemples si nécessaires pour le débat.
Je voudrais juste dire que cette aventure ne va pas de soi du tout.
-Des milieux qui n’ont pas l’habitude de se côtoyer se rencontrent, avec des enjeux et des organisations qui leurs sont propres, des enjeux de pouvoirs évidents des tentatives de récupération, en Bretagne comme ailleurs, et partout en Europe…
C’est le résultat d’une idéologie qui passe par un processus d’isolement et de dé liaisons.
L’actuel gouvernement est pris dans ce processus qu’il ne maîtrise pas, même s’il le tente.
Alain Badiou a très justement situé l’enjeu symptomatique de la fonction présidentielle actuelle dans son livre : «  De quoi Sarkozy est-il le nom ? »
On pourrait le résumer à un produit social.
Mais ce produit a du pouvoir et de l’intelligence. Les deux sont assez redoutables. On a connu ça par le passé, ce n’est pas sans conséquences sur la destruction de l’humain, sans fumées, par le tarissement du langage, de la culture, la recherche, l’éducation, la santé, l’information et la considération de la folie humaine.
Une humanité exsangue, un encéphalogramme juste suffisant pour la satisfaction des besoins.
Quant au désir…
Contre la solitude, il faut la rencontre. Sans la culture, il n’y a plus de mythe et on meure.  Je fais du basic, dans l’urgence des mots habités. On en est là, il y a une  urgence humanitaire de la langue.
La Culture, nous en avons la responsabilité. C’est à nous de la  construire et de la protéger. La culture est indissociable, à mon sens, de la folie et de la civilisation à laquelle ouvre l’éducation et que la justice est sensée humainement ordonner.
A nous d’essayer d’y mettre de la pensée  au delà des drapeaux,  des revendications immédiates (nécessaires) et des savoirs (la construction des discours est fondamentale).
Coordonner ces rencontres nécessite une construction  politique, ce que nous devons apprendre bien au-delà des partis.  Il faut une ligne de direction menée par quelques – un(e)s pour l’organisation de l’ADA Bretagne. Cela doit pouvoir reposer sur une équipe.
Découvrir (se découvrir) est  heureusement l’un des bénéfices important de cette extraordinaire expérience, lancée par Roland Gori et Stéphane Chedri.
Je jouerai donc le naïf (ce qui me va très bien) pour faire advenir du désir et de la parole du sujet dans les enjeux  politiques et sociaux que la norme et l’hygiénisme ambiant viennent pourrir.
Plus il y a de normes, plus il y aura de pathologies ( Canguilhem)
Nous en témoignerons.
La  création culturelle doit rester à part, elle est subversion des discours.
Il faut qu’elle le reste c’est  fondamental.
En a t elle les moyens?
Quelles stratégies? C’est une vraie question.
Nous sommes soumis ensemble aux même logiques: à celles froides… du chiffre… de l’organisation… de l’évaluation… d’une passion de l’ordre…et de la mort.
En résistance
on rajoutera que l’engagement  dans l’appel des appels, ne peut amener du "consensus mou"; ce qui entraîne de fait de des rencontres, qui veulent dire discours conflictuels, pensée et  création.
C’est à dire passions. Mais attention aux risques de la passion.  Je laisserai Roland Gori répondre sur ce point qui a écrit un merveilleux livre là dessus.
Se battre
non pas contre des personnes mais contre une idéologie déjà totalitaire.
La question pour moi est donc assez "simple" : Comment réintroduire le politique et le subversif du sujet, celui du discours, de l’inconscient et du destin des pulsions.
Cette question, traversée par celle du narcissisme et du fantasme sont, vous l’entendrez avec humour je l’espère, d’une simplicité qui n’est pas encore de la compétence épistémologique de l’INSERM.
Pour finir, je citerai ces mots sur les quels je viens littéralement de tomber, il y a quelques jours.
.
Ils sont de Luis Sépulveda dans le livre :" la sombra de la que  fui nos"*
. « A mes camarades, ces hommes et ces femmes, qui  sont tombés, se sont relevés, ont soigné leurs blessures, conservé leurs rires, sauvé la joie et continué à marcher. »
« Je suis l’ombre de ce que nous avons été et nous existerons aussi longtemps qu’il y aura de la lumière… »

*L’ombre de ce que nous avons été. Luis Sepùlveda. Matatailié2010
 
 
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