Employés de vie scolaire- 30 000 à la case chômage par Louise Fessard – journaliste à Médiapart.

 

Ce qu’elle redoutait est arrivé. Son contrat d’«EVS», employée de vie scolaire, arrivant à terme le 30 juin, Muriel Michelin, s’est réinscrite jeudi au Pôle emploi. Rien n’y a fait : ni le soutien d’une large intersyndicale (Snuipp-FSU, SE-Unsa, Sgen-CFDT, Unsen-CGT), ni les demandes de rendez-vous au premier ministre, ni le dépôt à l’Elysée le 30 juin d’une pétition ayant récolté 100.000 signatures… «A l’Elysée, nous avons été refoulés comme des malpropres, raconte Muriel Michelin, présidente de l’Union nationale des collectifs d’EVS. Alors nous avons décidé de suivre la procédure à la lettre et d’envoyer un courrier à Nicolas Sarkozy.»

Pour les 30.000 EVS, en grande majorité des femmes, qui ont épuisé les 36 mois de leur contrat aidé (contrat d’avenir ou contrat d’accompagnement vers l’emploi), c’est donc un retour à la case départ, après un petit bol d’air. Créés en 2006 dans le cadre du plan Borloo pour la cohésion sociale, ces contrats devaient remettre le pied à l’étrier à des personnes éloignées du marché du travail en leur confiant des tâches d’assistance à la direction ou d’accompagnement d’enfants handicapés au sein des écoles.

Trois ans plus tard, Dominique Thoby, secrétaire nationale du Syndicat des enseignants (SE-Unsa), souligne que «l’Etat n’a pas rempli sa part du contrat : qui dit contrat aidé dit aide à l’élaboration d’un projet professionnel et accompagnement par des formations, ce qui n’a pas eu lieu».

Envoyé au feu sur ce dossier brûlant deux semaines après son arrivée au ministère de l’éducation, Luc Chatel se prend les pieds dans le tapis et confond mardi 30 juin, face à l’Assemblée nationale, le cas des EVS et celui des «AVS», auxiliaires de vie scolaire (dont plus de 2.000 contrats arriveront également à terme d’ici fin 2009). «ll s’agit de contrats à durée déterminée, de trois ans, renouvelables une fois, répond-il à un député. Sur un total de 30.000 contrats, les 18.000 contrats renouvelables seront renouvelés. Les 12.000 autres arrivent à leur terme, mais les postes, eux, sont maintenus !»

Manque de chance, les contrats des EVS sont limités à un an renouvelable trois fois ; ce sont les contrats des AVS qui sont renouvelables jusqu’à six ans. «On pose une question au ministre sur les EVS, il répond sur les AVS, s’exclame Dominique Thoby. C’est quand même incroyable que le ministère de l’éducation nationale ne sache plus qui sont ses propres employés. Ça fait des années que nous lui demandons de faire un bilan des contrats précaires pour qu’on s’y retrouve enfin !» Le parti socialiste accuse lui le gouvernement «d’entretenir la confusion entre EVS et AVS».

  • Un amendement… pour les AVS

    Autre tentative de sortie, jeudi 2 juillet, le gouvernement dégaine un amendement surprise, adopté quelques instants avant la fin du débat sur la loi «relative à la mobilité et aux parcours professionnels dans la fonction publique», à l’Assemblée nationale. Préparé par Luc Chatel, le texte permet au monde associatif de prendre le relais de l’Education nationale pour maintenir en poste les «accompagnants».

    L’amendement répond à une demande récurrente d’associations comme la Fnaseph (Fédération nationale des associations au service des élèves présentant une situation de handicap) qui souhaitaient pérenniser en leur sein les contrats des AVS arrivés à terme. Un bon point pour les AVS qui sont également des contrats précaires, mais là encore le ministre répond à côté de la plaque : on voit mal comment les EVS, déjà révoqués, pourront également bénéficier de la mesure.

    Finalement, Luc Chatel a demandé aux inspections générales, en relation avec Laurent Wauquiez secrétaire d’Etat à l’emploi, de faire un audit des dispositifs de formation et de validation de compétences dont les EVS auraient bénéficié dans le cadre de leurs contrats. Un bilan qui arrive un peu tard pour les 30.000 EVS qui ont pris la porte le 30 juin et pour lesquels les syndicats demandent maintenant la mise en place d’un accueil spécifique dans les Pôles emploi.

    Si les personnels changent, les postes, eux, demeurent et l’éducation nationale a d’ailleurs commencé une nouvelle vague de recrutements. Mais les syndicats mettent en garde : «Il est hors de question que les manquements de l’Etat se reproduisent pour les nouveaux recrutés à la rentrée, nous ne lâcherons pas l’administration !», dit Dominique Thoby.

    07 Juillet 2009 Par Louise Fessard – Mediapart-

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