Ségolène Royal, Laurent Fabius et Carmen nous écrivent…

 

 

Nous publions, sans commentaires,  les réponses apportées par Mr Laurent Fabius et Ségolène Royal aux sollicitations de prise de position sur le devenir actuel des précaires CAV/CAE Education Nationale.

La lettre de Carmen est une transcription d’un article publié sur notre blog ami « vacataire(s) en colère » sous le titre «les evs n’aiment pas les vacances ».

 

Fabius

 

 

Segolene Royal

 

 

 

 

« Les EVS n’aiment pas les vacances »

 

Carmen est passée me voir, ce matin. Elle est pratiquement en vacances. Si vous la croisez, ne lui parlez surtout pas de vacances, Elle risquerait de mal le prendre. D’ailleurs, elle est d’assez mauvaise humeur. Tout ça parce que ses élèves voulaient savoir s’ils la reverront en septembre. " On continue avec vous l’année prochaine, Madame ? " C’était leur dernier cours. Tous occupés à parler de voyages, de l’Euro 2008 en avalant des olives et la tortilla de Carmen, sa spécialité, en fait le seul plat qu’elle sache préparer. Il y en a un qui a insisté " Vous ne voulez pas nous dire? On sera avec vous en B1? " Il avait la bouche pleine. Elle n’a pas répondu, et lui, il a continué à manger. Il a sûrement oublié. De toute façon, il était l’heure. Elle s’est levée pour tout remballer, les olives, les jus de fruits, les gobelets. " Bonnes vacances, Madame! Merci pour le pot ! À la rentrée ! " Carmen a fait un tour dans les couloirs. Personne pour lui serrer la main. Personne pour dire : " Bon boulot, Carmen. On compte sur toi à la rentrée". Elle est partie sans se retourner, elle n’a dit au revoir à personne.
CE matin, comme je vous le disais, elle était chez moi. Elle m’a tendu une feuille de papier : " Tiens, c’est une lettre que ma copine EVS a envoyé au courrier des lecteurs du « Canard enchaîné », c’est pas sûr qu’ils la passent au Canard. Mais toi, il y a des centaines de gens qui lisent ton blog chaque jour, Alors sois sympa! "

Bonne lecture…

Brest le 7 juin 2008

Monsieur,

Je suis, depuis le 25 septembre 2006, en Contrat d’avenir dans l’Éducation nationale.
Mon contrat arrive à terme le 4 juillet prochain.
Nous sommes nombreux, dans mon département, dans ma région et dans la France entière à avoir été contactés par l’ANPE en juin 2006.

En effet, les directeurs d’écoles se plaignaient de la surcharge de travail qui leur était imposée (ça on ne nous l’a pas dit, bien sûr), et demandaient soit une décharge de leur classe, soit une personne pour les aider.

Comme les élections présidentielles approchaient, que le taux de chômage était élevé, il suffisait de faire appel à l’ANPE pour recruter des demandeurs d’emploi "longue durée", qui pallieraient les carences de personnel auprès des directeurs, qui ainsi n’auraient plus rien à réclamer.

Et nous voilà affublés du titre pompeux "d’assistant administratif auprès de directeur d’école", même si certains d’entre nous sont incapables d’aligner deux mots sans faire une faute, n’ont jamais approché un ordinateur et n’ont aucun don pédagogique, aucune capacité relationnelle avec les enfants.
D’autres, par contre, ont fait des études longues, sont diplômés, ont des compétences supérieures à celles requises par l’emploi occupé.

Il y a aussi les personnes en contrats d’avenir, qui eux ne sont pas assistants administratifs mais ont la charge d’un enfant handicapé, durant sa journée d’école. L’Éducation Nationale s’étant engagée à scolariser un certains nombre d’enfants handicapés.

Nous devions avoir une formation : dans une clause du contrat que nous avons signé, il était en effet stipulé que nous nous engagions à suivre une formation, et qu’en cas de non-respect de cet engagement, le contrat serait rompu.

Pour toute formation, nous avons "bénéficié" de trois journées dédiées à la recherche d’emploi, pour l’après contrat : comment rédiger son CV, comment écrire une lettre de motivation, comment chercher du travail, etc. Choses dans lesquelles la majorité d’entre nous excelle puisque nous sommes des demandeurs d’emploi longue durée.

Nous devions aussi continuer à percevoir nos indemnités ASSEDIC, de façon dégressive certes, mais pendant au moins 6 mois, en plus de notre salaire, nous devions pouvoir en bénéficier ainsi que de la prime "retour à l’emploi" de 1000 €.
Maisla loi ne s’appliquait pas à nous ou bien la loi avait changé, en tout cas nos indemnités ASSEDIC ne nous ont jamais été versées et quand elles l’ont été "par erreur" nous avons dû les rembourser.
Certains n’ont jamais perçu la prime tant attendue de 1000€. Je l’ai eue, tant mieux pour moi.

Mais, ce n’est pas fini : pour couronner le tout, ce mois-ci, notre salaire nous a été versé avec 6 jours de retard. L’Inspecteur Académique de la circonscription où je travaille nous a dit que nous n’avions pas à nous plaindre, car « certains employés de l’Education nationale n’ont leur salaire qu’après trois mois de travail » (dixit l’Inspecteur).

Au secrétariat du lycée qui m’emploie, quand j’ai demandé des explications, on m’a raccroché au nez. Je m’inquiétais des agios que j’aurais à payer à ma banque, car ce n’est pas avec 783€ 79 qu’on fait des économies.
Dans un mois, c’est le retour à la case chômage, alors qu’on nous avait promis qu’à la fin de notre contrat nous aurions un emploi en CDI, pas dans l’éducation Nationale c’est sûr, mais un CDI grâce à la formation que nous allions avoir et aux compétences que nous allions acquérir.

Si je vous écris tout ceci c’est pour que nous sortions de notre isolement, pour que l’information passe auprès de vos lecteurs.

Restant à votre disposition, je vous remercie de votre attention et vous prie de bien vouloir recevoir, Monsieur, mes sincères salutations.

Carmen

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