CPSEP : des parents finistériens interpellent le Président de la République

CPSEP : Collectif Parents Pour la Sauvegarde de l’Ecole Publique

 

Mr le Président de la République

Palais de l’Elysée

55, Rue de Faubourg St Honoré

75008 PARIS

Châteaulin, le 5 mai 2008

 

P.J. : listes des parents cosignataires

 

Monsieur le Président,

Parents des écoles publiques maternelles et élémentaires du Finistère, nous vous faisons une lettre que vous lirez peut-être …

Nous nous sommes réunis suite aux problèmes récurrents de non remplacements d’enseignants absents.

Nous avons vite constaté que les dysfonctionnements dans la gestion des remplaçants étaient l’une des nombreuses conséquences de la dégradation persistante des moyens attribués à l’éducation nationale.

C’est ainsi que notre collectif s’est naturellement créé et que nous souhaitons vous faire part de nos inquiétudes.

Vous avez déclaré « C’est à l’Ecole Primaire que tout se joue ».

A l’heure où l’échec scolaire revient sur le devant de la scène, où les nouveaux programmes prévoient l’apprentissage de la Morale et du Respect des Valeurs Républicaines, ne peut-on pas parler d’incongruité alors que nos écoles maternelles et élémentaires subissent cruellement la dégradation entraînée par les coupes franches opérées dans le budget de l’éducation nationale ?

Est-il besoin de rappeler les difficultés rencontrées et subies par les enfants, les enseignants, et les parents ?

  1. A chaque rentrée scolaire les postes supprimés par l’éducation nationale augmentent. Depuis 2003, entre l’Ecole Elémentaire et le Secondaire, 20000 postes ont été supprimés sur le territoire. 11200 postes le seront en 2008 (sans compter le non renouvellement des départs en retraite et les 19000 que le Ministère de l’Education Nationale annonce pour la rentrée 2009). Et pourtant, le Ministère de l’Education parle de 20000 enfants supplémentaires à accueillir pour la prochaine rentrée. Il est vrai que l’objectif est de supprimer un poste de fonctionnaire sur deux. Faudra-t-il aller jusqu’à priver d’école un enfant sur deux pour parvenir à l’équilibre budgétaire tant souhaité ?

  2. Les remplacements des enseignants absents ne sont plus assurés sauf si les parents se mobilisent,

  3. La scolarisation des enfants de moins de trois ans est partout remise en cause (le nombre d’enfants de moins de 3 ans ne devant pas dépasser 15 % de l’effectif global de l’école, quels sont les critères de sélection que les directeurs/trices doivent appliquer afin de ne pas le dépasser ?),

  4. Les dotations en demi-postes d’enseignants se multiplient, imposant aux enseignants de travailler dans plusieurs écoles. Les enfants accumulent ainsi les intervenants dans une même journée. Comment assurer dans ces conditions la stabilité et le suivi continu et personnalisé de chaque élève ?

  5. Les directeurs des écoles de moins de quatre classes ne bénéficient toujours pas de temps spécifique pour assumer leurs diverses tâches (au-dessus de 4 classes un directeur dispose d’une journée complète de décharge pour le travail administratif). Les inspections d’académie commencent à mettre en place des regroupements d’écoles imposant ainsi des déplacements hors communes aux enfants et parents,

  6. Les classes se retrouvent en sureffectifs même si les locaux ne sont pas adaptés (pourtant un espace de 2 m² par enfant doit être respecté). De plus en plus de classes en secteur rural à niveaux multiples ont des effectifs importants (4 niveaux pour 25 élèves et plus quand tous les enseignants préconisent un maximum de 15 élèves pour 4 niveaux simultanés),

  7. Le personnel nécessaire à l’accueil des enfants handicapés n’est pas présent ou non qualifié (aucune formation spécifique) et tend même à disparaître à la prochaine rentrée (408 contrats EVS non reconduits dans le seul département du Finistère en juin 2008).

  8. L’éducation nationale demande de plus en plus aux parents de s’investir pour accompagner les activités hors école et aux associations de parents de les financer,

  9. Dans la seule circonscription de Châteaulin (Finistère), dès la rentrée de septembre 2007, les quinze professeurs des écoles affectés sur les postes de ZIL et les Brigades Départementales  étaient placés sur des remplacements longs. Les ZIL et les BD ne peuvent donc pas assurer les remplacements courts sur les écoles (31écoles dans la circonscription, la veille des vacances d’hiver, 46 professeurs des écoles de la moitié du département n’étaient pas remplacés).

 

Pour toutes ces raisons dont la liste n’est pas exhaustive

 

  • Les conditions de travail des enseignants se dégradent

  • Les conditions d’accueil des enfants se détériorent

  • Les conditions de la réussite scolaire de tous les enfants ne sont pas réunies.

  •  

Est-il possible de réduire ainsi l’échec scolaire ?

Plus généralement, peut-on encore parler d’Ecole Républicaine quand un tel constat est posé ?

Le libre choix de la scolarité des enfants est un principe fort de notre société. N’est-ce pas le remettre en cause que de laisser se détériorer l’Ecole de la République et les valeurs de la laïcité.

Ne bafoue-t-on pas le mot Liberté ?

Suffit-il, par ailleurs, d’avoir des moyens financiers suffisants pour donner à nos enfants des conditions d’apprentissage décentes ? Si l’on considère que l’école, comme la famille, est le ciment de la société, peut-on estimer que toutes les conditions sont réunies pour qu’elle puisse jouer son rôle pleinement ? Ne vaut-il pas mieux parler de service Maximum avant de prôner un service minimum ?

Le principe d’Egalité n’est-il pas lui aussi bafoué ?

Quand se répand une culture excessive de l’évaluation et de la compétition infligée à chaque enfant, dès l’école maternelle,

N’est-ce pas la Fraternité qui se trouve bafouée ?

Alors oui, Monsieur le Président, nous sommes d’accord pour un retour aux « fondamentaux ». Mais arrêtons de ne parler de nos enfants qu’en termes de coût. Ils sont la richesse et l’avenir de notre pays.

Revenons tous aux fondamentaux de la République.

Voici donc les différentes difficultés auxquelles nos enfants et nous-mêmes sommes confrontés. Nous restons persuadés que l’école est un lieu fort et nécessaire pour l’apprentissage et le développement des enfants. A l’heure où de plus en plus de parents peinent dans leur rôle d’éducateurs, où les enseignants ne sont plus perçus comme personnes à respecter, n’est-il pas temps de redonner à l’école un rôle prépondérant dans l’organigramme de notre société ?

Nous espérons Monsieur le Président que cette lettre saura retenir votre attention et que l’avenir nous montrera votre écoute et votre compréhension.

Recevez, Monsieur le Président, nos salutations citoyennes et finistériennes.

 

Collectif de Parents pour la Sauvegarde de l’Ecole Publique

 

(Pour contacter ou écrire au CPSEP adresse : 5, quai Robert Alba 29150 Châteaulin) 

   

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