
Le mardi 26 mars 2013, à 18h, les chiffres du chômage sont tombés.Avec 18 400 nouveaux inscrits sur les listes de Pôle Emploi en février (+0,6%), la France compte désormais 3 187 700 demandeurs d’emploi de catégorie A. C’est quasiment le chiffre record de 1997 : 3,195 millions de chômeurs, en passe d’être dépassé le mois prochain.. Un chiffre record dont on s’en passerait bien.

Jeudi 28 mars, lors de son intervention télévisée sur France 2, François Hollande dont on ne pourrait reprocher un manque d’honnêteté et de lucidité annonce au sujet de ces chiffres du chômage “«Quand je me suis présenté, je connaissais la situation» mais «ce que nous n’avions pas anticipé c’est que cette crise allait encore durer, plus longtemps que prévu.». Crise ! le mot est lâché.
Pour 52 5 00 collègues AVS et EVS, la crise, elle, est une réalité tangible et angoissante qui se traduira pour 12 000 d’entre eux d’ici fin juin 2013 par un retour à la case Pôle emploi, en l’absence de mesures urgentes de la part des ministres Vincent Peillon, Marie-Pau Langevin, Marisol Touraine, Marie Arlette Carlotti. Ces mesures se devaient découler dans la foulée de la restitution des travaux interministériels du groupe professionnalisation des accompagnants jeunes handicapés, annoncée un temps courant janvier 2013, puis courant avril 2013……puis patratas !
Stupéfaction, sidération, dégouts, commentaires acides, colères de collègues AVS et EVS ! Ils découvrent dans un document de présentation d’une journée
d’étude organisée par la Fnaseph qu’en présence des ministres Mari-Pau Langevin, Marie Arlette la restitution des travaux sur la professionnalisation des accompagnants par la présidente, Pénélope Komites aura lieu… le mercredi 29 mai 2013.
Alertés par le courroux de nos adhérents AVS et EVS et de nos partenaires, les représentants de l’UNEAVS ont obtenu confirmation que la restitution officielle des travaux du groupe de professionnalisation des accompagnants jeunes handicapés aura bien lieu courant avril. Ils en sont tout de même à constater que l’anticipation de la crise sociale, des attentes angoissées de 52 000 salariés AVS et EVS, ne fait visiblement toujours pas partie des priorités majeures de l’association Fnaseph. Ils en sont aussi à se demander “Mais, qu’est-ce qui leur prend aux ministres Mari-Pau Langevin et Marie Arlette Carlotti, à la présidente du groupe de travail Pénélope Komites de se préoccuper de la tenue d’une assemblée générale ordinaire d’une association quand 52 500 salariés AVS et EVS attendent une réponse plus qu’en urgence à leur devenir dici fin juin 2013 ?”.
Face à ses préoccupations légitimes de milliers salariés précaires AVS et EVS de l’éducation nationale, on ne manquera pas aussi d’être étonné par ce décalage de vision de leur réalité vécue de l’accompagnement scolaire des enfants handicapés avec celle des parents d’association de handicap.
Ainsi, lors des discussions à l’assemblée nationale sur le projet de loi pour la refondation de l’école,
l’un des amendements (n°274) adopté propose de remplacer (en gras) à l’article L-112-2-1 du code de l’éducation “… Elles (les équipes de scolarisation) peuvent, avec l’accord de ses parents ou de son représentant légal, proposer à la commission mentionnée à l’article L. 241-5 du code de l’action sociale et des familles toute révision de l’orientation d’un enfant ou d’un adolescent qu’elles jugeraient utile , par “après avoir consulté et recueilli l’avis de ses parents ou de son représentant légal, proposer à la commission mentionnée à l’article L. 241 5 du code de l’action sociale et des familles toute révision de l’orientation d’un enfant ou d’un adolescent et des notifications concernant son accompagnement qu’elles jugeraient utile, y compris en cours d’année scolaire.” La modification du mot “accord” par “avis” a mis le feu aux poudres de parents d’associations de handicap qui, dans la foulée, dénoncent une grave régression de leur droits pour leur enfants handicapés à disposer d’une scolarisation ordinaire définie par la loi du 11 février 2005!!!!.
Certes, nous voulons bien admettre qu’entre demander un avis à un parent et obtenir son accord pour la révision de l’orientation d’un enfant ou d’un adolescent et des notifications concernant son accompagnement, la nuance serait d’importance. Mais, alors, il faut admettre aussi qu’un médecin traitant, par exemple, serait en droit de douter de la justification d’une demande d’un parent à disposer d’un certificat médical favorable à l’établissement d’une notification AVS pour leur enfant. Nous citons ainsi ce courrier parvenu à l’UNEAVS
“…On me demande de remplir un certificat de la MDPH pour un enfant qui doit obtenir une AVS pour un "problème de concentration" (en tant que médecin généraliste).Hors, je connais à peine cet enfant, de plus je ne suis ni orthophoniste, ni psychothérapeute, encore moins psychomotricien ou autre psychose…En général les enfants arrivent au moins avec un diagnostic, sont suivis par des paramédicaux, les choses sont claires. Là je ne vois même pas quoi mettre sur le certificat, parce que "troubles de la concentration" ça veut pas dire grand chose. Je veux bien certifier,mais encore faut il avoir quelque chose à certifier…”
Rappelons qu’une notification MDPH d’accompagnement AVS peut être accordée éventuellement à la demande du parent avec avis partagé de l’équipe de scolarisation, souvent initiatrice même de cette possibilité. Régulièrement, l’UNEAVS est saisie par des acteurs d’équipes de scolarisation, de collègues AVS même, doutant parfois du bien fondé “médical”d’une demande d’ accompagnement d’un enfant handicapé au sein d’une classe. Régulièrement, il s’agit tout simplement du souhait de disposer d’un.droit légal de “modifier” en qualité les modalités d’accompagnement en cours de scolarisation. Ainsi, dans le cadre d’une collaboration saine et “fructueuse” avec un parent bien au fait de l’évolution de leur enfant sur tous les temps de vie, entre son accord (oui/non) ou son avis en pertinence du parent, une équipe de scolarisation ne s’autoriserait nullement à disqualifier la scolarisation ordinaire d’un enfant handicapé et de ses besoins d’accompagnement. De fait, cet amendement n°274 n’a pas à notre sens cette nuisance que les association de parents d’enfants handicapés lui prêtent actuellement : une régression de la loi du 11 février 2005 sur le handicap.
Sans doute pour mieux comprendre, faut-il parcourir le rapport “L’accompagnement des élèves en situation de handicap . Les prescriptions : état des lieux – propositions” établi conjointement par l’IGAS (Inspection générale des affaires sociales), l’IGEN (Inspection générale de l’éducation nationale), l’IGAENR (Inspection générale de l’administration de l’éducation nationale et de la recherche) en décembre 2012.
Bien des constats établis par l’UNEAVS et émis lors des travaux interministériels du groupe de professionnalisation des accompagnants trouvent leur confirmation dans le rapport. On notera en vrac
…Quand on prend en compte l’origine du handicap, on relève que les élèves bénéficiant d’une aide humaine ne sont pas, sur ce point, très différents de ceux qui sont scolarisés en classe ordinaire sans accompagnement individuel. On observe seulement que les élèves porteurs de handicap moteur ou de handicap psychique sont un peu plus nombreux….
…Si le nombre d’élèves bénéficiaires d’une aide individuelle a très fortement augmenté, les nouvelles prescriptions se sont majoritairement orientées vers des accompagnements à temps partiel…
… il est néanmoins important de souligner qu’une grande partie de l’augmentation des aides humaines apportées aux élèves en situation de handicap a reposé sur le recrutement massif de personnels en « contrats aidés »23. Depuis 2009, ils ont en charge la majorité des accompagnements…
…Le recours à ces personnels est beaucoup plus fréquent dans le premier degré que dans les lycées et collèges où se concentrent une majorité d’aides confiées à des assistants d’éducation…
…Une dernière observation doit être mise en regard des évolutions observées ces dernières années : l’augmentation globale de la population scolaire en situation de handicap. Si elle résulte, en partie, de l’effort consenti pour scolariser en milieu ordinaire des élèves qui ne l’étaient pas auparavant, elle est aussi le résultat d’une extension de la reconnaissance de handicap pour des élèves dont les difficultés n’étaient pas antérieurement considérées comme telles…
…La part des élèves handicapés et scolarisés en milieu ordinaire bénéficiant d’une aide individuelle peut varier de 17 à 53 % d’un département à l’autre. Le nombre d’heures d’accompagnement hebdomadaire rapporté à la même population varie de 2,6 à 7,6…
…la proportion d’élèves reconnus handicapés peut être de 1,64 % dans un
département alors qu’elle sera de 3,50 % dans un autre, soit plus du double sans qu’aucun élément de contexte social ou sanitaire ne puisse justifier de telles disparités…
…Dans tel département, la CDAPH se réunit sans aucun document et sans ordre du jour connu des membres et les quelques cas examinés sont présentés de manière anonyme ; dans tel autre, tous les dossiers sont étudiés en séance et chaque membre dispose d’un listing nominatif. Ici,on réunit des commissions restreintes ou spéciales, ailleurs on multiplie les séances plénières…
…Des documents de type et de qualité très divers (« grille d’autonomie », fiche succincte d’indication de niveau, fiche de renseignements scolaires en référence au socle commun de connaissances et de compétences et aux programmes, etc.) constituent la partie scolaire du dossier demandé par la MDPH. Ces éléments se concluent souvent par une demande d’AVS, allant jusqu’à une indication de quotité dont on ne perçoit que très rarement la corrélation avec la description des faits…
…Le bilan médical est réalisé par le médecin traitant qui suit l’enfant…insuffisance de certains bilans médicaux réalisés, à la demande des parents, par des généralistes privés qui n’ont pas de connaissance spécifique de la pathologie concernée et qui ont parfois du mal à procéder au codage correspondant…
Les notifications d’accompagnement au petit bonheur la chance
… Dans tel département, la CDAPH se réunit sans aucun document et sans ordre du jour connu des membres et les quelques cas examinés sont présentés de manière anonyme ; dans tel autre, tous les dossiers sont étudiés en séance et chaque membre dispose d’un listing nominatif. Ici,on réunit des commissions restreintes ou spéciales, ailleurs on multiplie les séances plénières…
…Après les réunions de la CDAPH, les décisions sont notifiées aux familles. Elles ne le sont pas toujours au directeur académique (DASEN), aux référents et aux autres services concernés…(note UNEAVS: et aux AVS !!!!)
….Comment passer de l’aide individuelle à l’aide mutualisée ? Parmi les problèmes posés, on relève ceux de la répartition géographique des emplois et de l’entrée progressive dans le dispositif (coexistence de l’aide individuelle et de l’aide mutualisée)…
…On saisit la MDPH pour obtenir un AVS. Ce n’est pas un besoin qui est formulé mais une demande explicite d’accompagnement, fréquemment sans analyse du service attendu. … la démarche induite par la loi de 2005 est méconnue et n’est pas suffisamment portée au plus près des enseignants et des familles. On ne fait pas valoir le droit à l’évaluation et au parcours, on en reste au droit à la prestation…
… la position prise par les MDPH face au principe de la demande peut varier sensiblement de l’une à l’autre. Si certaines s’engagent résolument dans une démarche évaluative prenant en compte la globalité de la personne pour construire son projet de scolarisation, d’autres se placent plutôt dans une logique de réponse binaire (accord/désaccord) : lorsqu’elles traitent les demandes enregistrées en répondant mesure par mesure sans faire référence à une cohérence de projet, lorsque l’organisation même du travail découpe le dossier de l’élève en le distribuant en fonction des prestations sollicitées, il est inévitable que l’usager lui-même se place dans une position de « demandeur » de prestation face à un prestataire.
…Pour Assurer la mise en oeuvre réelle de l’aide mutualisée.
Plusieurs problèmes doivent en effet être résolus :
– celui de l’implantation des postes et de la définition de l’aire d’intervention : construire progressivement un maillage territorial satisfaisant répondre souplement aux besoins ;
– celui de l’engagement du dispositif : comment passer de l’aide individuelle à temps partiel à l’aide mutualisée ? En un premier temps les mêmes assistants d’éducation devront couvrir les deux types de prescription avec des exigences différentes ;
…
Etc..etc..
Un rapport décapant posant une base saine de réflexion et de préconisations pour un début d’amélioration de la qualité de l’existant AVS dans l’éducation nationale, c’est à dire là où se décide un accompagnement d’un enfant handicapé; l’équipe de scolarisation, le service départemental IA ASH et la MDPH.
Toutefois, il reste une chose pour que cette danse des chiffres, des mots, de journée d’
étude, d’amendement, de rapports se révèle élégante aux yeux des salariés précaires AVS et EVS: passer d’urgence avant juin 2013 aux travaux pratiques pour le ministre de l’éducation nationale, la ministre des affaires sociales et de la santé, la ministre déléguée chargée de la réussite éducative, la ministre déléguée chargée des personnes handicapées et de la lutte contre l’exclusion. Nous ne cessons de les clamer : Leurs maux, eux, sont indescriptibles depuis 2006.